Stress, fatigue, souffrance au travail : n'attendez pas le burn out pour agir

04/05/2015


Comment agir sur le stress avant le burn out ? (Alan Graf / Cultura Creative)

Comment agir sur le stress avant le burn out ? (Alan Graf / Cultura Creative)

 

Trois millions de salariés au bord du burn out… et parallèlement, nous venons d’atteindre les 80 millions de cartes mobiles actives (cartes SIM) !

 

On le sait, stress, fatigue ou souffrance au travail et salariés hyper connectés ne font pas bon ménage. Mais quid d’actions réelles ? Pourtant, des solutions existent si l’on se base d’abord sur des mots simples : connaissance des enjeux et clarification des termes, objectif consensuel et action.

 

Un salarié sur trois concerné : pour l’instant…

 

34% de salariés vivant le stress de l’e-mail et 33% celui du smartphone font lien avec les ‘’délais de réponses imposés toujours plus courts’’ (36%) [1].

 

"Le mail est apparu comme LA solution miracle pour lutter contre le trop grand nombre d’appels téléphoniques… mais insidieusement il est devenu LE problème", indique un directeur des services généraux du CAC 40, qui précise "du téléphone portable au smartphone nous sommes passés d’un petit fil à la patte à un gros".

 

En 2012, seuls 7% des cadres disposaient de tablettes et 32% de smartphones : aujourd’hui suréquipés (smartphones, PC, tablettes), couverts à 99% du territoire en 3 ou 4G, dotés de ‘’box’’ au domicile, les acteurs d’un groupe de travail sont "always on" (toujours connectés). Le rythme est effréné, sans freins techniques.

 

Quid des risques psychosociaux en 2015 ? Même le dirigeant aguerri d’une SSII m'a dit :

 

"On peut demander sur le même sujet toujours plus pendant une ou deux années au même collaborateur, la troisième cela devient tangent’."

 

Du stress au burn out digital : y voir clair

 

"Le burn out fait l’objet de plus de 50 définitions", recensent les chercheurs (P. Zawieja et F. Guarneri) [2]. Quand une définition est floue, la tendance naturelle est d’enterrer ce type de sujet. Or il faut au contraire libérer la parole.

 

Je suggère une approche en trois dimensions avec des mots qui parlent : stress, souffrance et/ou fatigue.

 

Le stress : cela peut aller du stress aigu au stress chronique, puis carrément au burn out. Il est dû, par exemple, au cumul d’épuisement émotionnel, à la déshumanisation de la relation et à la perte du sentiment d’accomplissement personnel (modèle Maslach et Leiter).

 

La souffrance : il faut savoir utiliser les mots souffrance, dépression, envie de suicide. Mais aussi apprendre à repérer les incivilités récurrentes, l'agressivité, le harcèlement.

 

La fatigue : le stade de la fatigue peut se transformer en épuisement, puis en "karôshi’" ("Karo", fatigue au travail ; "shi", mort) dû à une surpression ou à un engagement excessif, autrement appelé "maladie du battant".

 

Il y a peu de temps, un chef de projet informatique victime d’un burn out m'a confié :

 

"Je n'aurais pas hésité à changer de poste si j’avais pu situer mon mal-être… et sans doute éviter cette clinique. J’avais des troubles connus (NDA - concentration, irritabilité, sommeil) : j’aurais consulté sans problème si j’avais su."

 

Commencer par un sujet factuel et consensuel : les interruptions ?

 

Pour soi et les autres, trouvons un sujet concret et consensuel : les interruptions numériques intempestives pendant que l'on est en train d'effectuer une tâche.

 

"En mars 2015, j’ai été stupéfait d’apprendre que 87% des directeurs administratifs et financiers évoquaient comme première situation stressante les interruptions [3]. Non seulement il y a le stress, mais combien me coûte une seule erreur de concentration lors d’une fusion-acquisition ?", s’interroge un dirigeant avec qui j'ai discuté.

 

SMS-réflexe divulguant une information au mauvais interlocuteur ou priorité oubliée par effet de récence (les derniers messages reçus prennent le pas), chaque interruption déconcentre au moins une minute, etc. En fait, tous les cadres connectés sont concernés.

 

Un dialogue est possible autour de cette question des "interruptions", entre toutes les parties prenantes de l’entreprise, car il concilie efficacité et moindre stress. Il permet de concrétiser les actions entreprises, à entreprendre ou à diagnostiquer : sensibilisation, création d’un guide adapté à l’entreprise ou best practices, activation d’un sujet, identification d’une population à risques, accompagnement.

 

Quand un comportement entre en conflit avec une valeur (essentielle), c’est généralement le comportement qui change [4]. Face aux interruptions numériques, le champ de nos valeurs des plus prosaïques aux plus humaines et du sens au bon sens, nous invite à changer nos comportements : traiter un sujet et non des mails, privilégier une juste réflexion aboutie sans en perdre le fil ou laisser un moment son mobile pour prêter attention à l’autre… 

 

 

 

[1] (34%) Mail : Etude Universités Glasgow et de Paisley – Dr K. Renaud ; Phd J. Ramsay ; Statisticien : Mario Hair (2007) - (33%) Smartphone: Etude Entreprise/ Paris VIII – IPRP T.Le Fur (2012). ; (36%) Délais courts : Baromètre stress, conditions de travail et "qualité de vie au travail – Opinion Way – CFE-CGC (2012) – P. 42 

 

[2] - Franck Guarnieri et Philippe Zawejia, directeur recherche et chercheur associé au Centre de recherches sur les risques et les crises de Mines ParisTech – Partie Stress et numérique.

 

[3] - Le stress des ‘’DAF’’ : L’évolution du rôle des directeurs administratif et financier et de leur environnement de travail – Blackline – Opinion Way (mars 2015) : Les situations stressantes rencontrées au travail (P.9) - 

 

[4] Milton Rokeach (1973) (K. Lewin Memorial Award - American Psychological Association).


 

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