Apprendre à gérer son stress, c’est possible !

21/04/2015

Ce que nous apprennent les neurosciences pour mieux gérer nos émotions et prendre du recul.

 

La Qualité de Vie a été définie par l’Organisation Mondiale de la Santé en 1994 comme « englobant de manière complexe la santé physique de la personne, son état psychologique, son niveau d’indépendance, ses relations sociales, ses croyances personnelles et sa relation avec les spécificités de son environnement », nous utilisons également pour définir la qualité de vie le terme de « bien-être ».

Notre bien-être (au travail ou dans la vie extra professionnelle) dépend de la perception du système dans lequel nous évoluons. C’est pour cela qu’une situation identique n’est pas ressentie avec les mêmes émotions ni avec la même intensité par les individus qui la vivent et par conséquent ne produit pas les mêmes comportements sur chacun d’entre nous.

D’après Rébecca Shankland(1), « le bien être repose sur une évaluation affective et cognitive de son existence » (Mais comment nos modes mentaux commandent à nos comportements, quels pièges nous tend notre cerveau et quelles sont les solutions pour mieux gérer nos émotions et prendre du recul ?

L’approche Neurocognitive et Comportementale (ANC)

L’ANC étudie les impacts de nos mécanismes cérébraux sur nos comportements et la façon dont notre cerveau gouverne nos prises de décision.

Il existe plusieurs écoles qui traitent du neurocognitivisme et du comportement; cet article s’attachera principalement au travail qui a été effectué par L’Institut de NeuroCognitivime (INC) dont les fondements s’appuient sur les recherches de l’Institut de Médecine Environnementale (IME).

Selon les études épidémiologiques, 90% des causes de maladies sont attribuées à l’environnement (vie psychosociale et professionnelle, alimentation, rythme de vie…) contre 10% à la génétique. La performance nécessitant de traiter plutôt les causes que les effets, l’objectif principal de l’IME prend en compte l’Homme dans son environnement réel et complexe, biologique et relationnel, individuel et social (il s’agit donc d’une approche systémique).

Cette approche permet de distinguer ce sur quoi il est possible d’agir de ce que l’on ne peut que gérer et non modifier. L’approche neurocognitive et comportementale se concentre en effet sur l’ici et maintenant.

1.     La constitution de nos personnalités et caractères

En fonction de notre stade de développement (enfance, adolescence, adulte) et des situations dans lesquelles nous nous trouvons, nous faisons appel à certaines parties de notre cerveau. Ces parties (appelées également territoires) sont en interaction, mais ont des fonctions et des modes de fonctionnement qui leurs sont propres.

(1) titre du livre ; (Rebecca Shankland, La psychologie positive, 2012)

Notre tempérament

La partie la plus primitive de notre cerveau est celle qui renferme les instincts de survie individuelle, il s’agit de notre territoire reptilien. C’est un territoire non contrôlable par la conscience et qui a pour fonction de gérer les quatre états du stress : celle du calme correspondant à une situation normale ou maitrisée, puis en cas de danger la gestion d’états d’urgences que sont la fuite, la lutte et l’inhibition (ou soumission).

A la naissance, seul ce territoire est complètement développé et il va marquer de son empreinte en profondeur notre mémoire stable (long termes) c’est-à-dire notre territoire néolimbique. Jusqu’à l’âge de trois mois, nous emmagasinons nos motivations profondes idéalisées qui définiront nos tempéraments.

Le tempérament est la source de nos motivations profondes, durables et invariables, c’est une énergie inépuisable qui nous donne l’aisance et nous permet une persévérance dans l’action. Notre tempérament est peu conscient pour nous et facilement perceptible par les autres.

Notre caractère

Puis intervient dans notre évolution d’Homme l’apprentissage. Il se met alors en œuvre des mécanismes de conditionnement à travers des vécus positifs/plaisir que l’on répètera naturellement ou par des vécus négatifs/déplaisirs que l’on évitera, ce processus dure jusqu’à l’âge adulte (Voir article Wikipédia).

 

Le siège où est mémorisé cet apprentissage est également notre territoire néolimbique. La somme de ces expériences nous donnera une vision du monde qui nous est propre, des préférences émotionnelles (j’aime ou je n’aime pas), des préjugés et des jugements (c’est bien, c’est mal ; c’est honnête, c’est malhonnête…). L’ensemble de ces apprentissages modèle notre caractère Notre caractère évoluedans le temps et avec l’âge. Nous avons plusieurs caractère et tempéraments (au sens INC) et c’est pour cela que j’utilise le pluriel.

Le stress

La mécanique du stress

Le stress est un mécanisme de défense et de survie, adapté à notre environnement. Il s’agit d’un signal d’alarme qui déclenche un processus physiologique chez les individus, pour permettre de faire face à un danger (ou une situation ressentie comme telle).

Le stress est une réaction défensive qui fonctionne de manière essentiellement inconsciente et instinctive (comme précisé plus haut). Il n’y a donc pas de processus d’apprentissage du stress et il n’en permet pas. Cela lui confère un caractère peu contrôlable.

Le déclenchement d’une situation de stress nous fait adopter des comportements stéréotypés :

  • La fuite, s’échapper ou se cacher, ou plus communément l’anxiété.
  • La lutte, faire face au danger, chercher à intimider ou faire preuve d’agressivité défensive.
  • L’inhibition de l’action, « faire le mort », se faire oublier, mais également le découragement ou l’abandon (se rendre !).

C’est le stress qui nous a permis de rester vivant à travers les temps et bien entendu notre vie d’Homme moderne a modifié notre notion du danger. Le stress qui permet à un animal d’assurer sa survie (donc sa pérennité) est le même que celui que nous éprouvons face à un jugement négatif, un échec scolaire ou professionnel ou un conflit avec sa hiérarchie. Le stress sert à nous défendre contre un danger ou un ennemi extérieur !

Le déclenchement du stress n’est donc plus lié à un prédateur pouvant mettre notre vie en danger, mais à une situation mettant en péril (ou qui semble mettre en péril) notre existence ou notre statut social, notre position hiérarchique dans l’entreprise, le regard de notre entourage….

Nous ne stressons pas tous pour les mêmes raisons, car nous n’apprécions pas tous les évènements que nous traversons de la même façon. Et puisque nos tempéraments et nos caractères sont différents, nous ne portons pas le même regard sur le monde, ni ne donnons la même signification, ni la même intensité à une même situation.

Le renforcement du stress

Dans l’approche comportementale et cognitive, nos pensées, nos émotions et nos comportements sont immédiatement interdépendants (triade de Beck).

L’état émotionnel intense que représente le stress, ne permet pratiquement pas à un individu d’opérer le changement nécessaire de l’origine du stress. Autrement dit, une personne qui agit en état de stress, ne sera pas (ou difficilement) capable de prendre le recul nécessaire pour traiter la situation stressante.

Nous pouvons résumer cela sur ce schéma:

stress-ANC

Le Mode Mental Automatique (MMA)

Comme nous l’avons vu plus haut, nos modes d’apprentissages, notre culture, tout ce qui a été généré par notre éducation et qui constitue notre caractère (territoire néolimbique), nous amène à un certain regard sur le monde qui nous entoure. Mais nos modes de d’apprentissages génèrent également un mode de pensée automatique, qui nous conduit à apporter des réponses de façon automatique en fonction de nos croyances et à partir de répétition, dans ce que Skinner a appelé le « conditionnement opérant ».

Le MMA est mobilisé chaque fois qu’une situation est perçue comme simple ou connue. Il demande peu d’attention et de concentration puisque qu’il applique des réponses connues, rapides, précises….et faciles. Le pendant est qu’il est peu adapté aux situations nouvelles, inconnues et qui nécessitent une prise de recul ; en ce sens il est générateur de stress.

Les caractéristiques du MMA : La routine, la rigidité, la simplification, la certitude, l’empirisme et l’image sociale.

Le Mode Mental Préfrontal (MMP) ou Adaptatif :

La spécificité de l’être humain, au niveau de ses modes mentaux, est sa capacité d’adaptation. Pour cela il bénéficie d’un petit « truc » qui lui est propre, appelé : Néocortex Préfrontal. Cette petite différence lui a permis de s’adapter à son environnement.

Le MMP est connecté à l’ensemble des territoires, sans prendre la main ou se substituer aux fonctionnalités de chacun. C’est un microprocesseur dans notre cerveau capable d’analyser en temps réel le fonctionnement de chaque partie et de percevoir les signaux d’alerte et les modes mentaux que nous mettons en œuvre.

Notre MMP nous permet de rechercher les relations de cause à effet, de dépasser les apparences, les croyances et les certitudes liées à notre mode mental automatique. C’est lui qui nous permet d’avoir une ouverture permanente sur le monde et les idées nouvelles ou originales qui y circulent.

Les caractéristiques du MMP : La curiosité, l’adaptation, la nuance, la relativité, la réflexion, l’opinion personnelle.

Mettre en œuvre nos capacités d’adaptation

Chacun des deux modes mentaux est indispensable et complémentaire :

  • l’un gère les affaires courantes, il représente notre mémoire, notre personnalité, notre conscience et nos désirs profonds,
  • l’autre est à l’écoute de nos émotions, de notre stress. Il permet la prise de recul et gère la bascule dans le mode mental approprié, il est notre intuition et notre créativité.

Un des enjeux de l’approche neurocognitive et comportementale consiste à apprendre à gérer les modes mentaux, afin de rompre les cercles vicieux de nos croyances qui nous amènent à apporter toujours les mêmes solutions malgré le manque de résultat.

Gérer nos modes mentaux, c’est utiliser au mieux nos capacités en fonction de la situation, être en mode automatique lorsque la situation le permet (on ne réapprend pas ce que l’on a déjà appris) et savoir passer en mode adaptatif lorsque la situation le nécessite (identifier et faire face à une situation nouvelle).

stress2-ANC

En conclusion, le stress est fortement lié à notre vision du monde, dans 90% des cas (chiffre INC) il a des origines internes, subjectives, cognitives. Notre stress survient lorsque le mode automatique ne laisse pas la place, dans une situation nouvelle et complexe, à notre capacité d’adaptation.

Lutter contre le stress c’est mettre à jour les facteurs stressants, comprendre la construction mentale qui est faite par la personne en souffrance et à partir d’exercices appropriés, apprendre à gérer ses modes mentaux et de sortir des cercles vicieux, des solutions inappropriées ou du « toujours plus de la même chose », en prenant le recul nécessaire face aux situations que nous rencontrons.

C’est se donner les moyens d’envisager d’autres perspectives que celles souvent répétées à force d’habitudes et de trouver des solutions nouvelles et innovantes. C’est sortir du fatalisme en ouvrant le champ des possibles et en mettant en œuvre des formes d’organisations appropriées qui permettent d’avancer vers des formes d’intelligence collective.

En ce sens l’Approche Neurocognitive et Comportementale donne à chacun la capacité de mieux gérer sa façon d’interagir avec son système environnant et de mieux appréhender les situations nouvelles ou inconnues.

Source: FFC Pro

 

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