Comment dire non au bureau?

17/02/2015

« Tu peux me donner un coup de main sur le dossier Martin ? », « J’aurais besoin de ton aide avec ce client… », « T’as deux minutes ? J’aimerais bien ton avis sur ma pres’ »… Vous êtes constamment sollicité au bureau ? En particulier sur des sujets qui n’ont rien à voir avec votre travail ? Il va falloir apprendre à dire non, sinon, vous risquez l’overdose (et une sacrée baisse de productivité).

Dire "non", pour beaucoup, c’est très compliqué. Voire impossible. Face à un collègue qui demande de l’aide, certains salariés ne peuvent s’empêcher d’abandonner ce qu’ils sont en train de faire pour voler à leur secours… quitte à négliger leur travail ou à se mettre dangereusement en retard. « En entreprise, on a peur de déplaire si on dit "non". On craint d’être perçu comme celui qui est systématiquement dans le refus et de ne pas réussir à s’intégrer », observe Alain Duluc, co-responsable des formations en développement personnel appliqué chez Cegos.

"Non" : une question d’éducation

Sans surprise, tout vient de notre éducation. « On apprend aux enfants qu’il ne faut pas dire "non". Et que dire "oui", c’est être gentil, aimable… analyse France Brecard, psychopraticienne et auteur de "50 exercices pour savoir dire non" (Eyrolles, 2009). Ce sont des mécanismes qu’on intègre tout petit et qui sont plus ou moins ancrés selon les personnes. »

Pourtant, savoir dire non peut avoir bien des avantages. « Le "non" donne de la valeur au "oui" », relève France Brécard. Le "non" permet, en effet, de vous affirmer vis-à-vis de vos collègues, voire de vos supérieurs, car il montre que vos réponses sont pensées, réfléchies, construites.

Du point de vue de votre organisation personnelle, le "non" peut également être très bénéfique : arrêter de faire passer les appels à l’aide de ses collègues avant son propre travail vous permet de vous concentrer sur vos dossiers. Et donc d’éviter les retards et les heures supplémentaires inutiles, sources de fatigue et de stress.

Déterminer à qui on peut dire "non"

Évidemment, il y a des personnes à qui il est plus facile de dire non que d’autres… Si c’est votre collègue de bureau qui vous demande de relire son rapport, il est facile de lui expliquer que vous n’avez pas le temps et que vous ne pouvez pas partir plus tard pour l’aider ce soir… Si c’est votre n+1 ou le big boss… ça devient plus compliqué. « Plus l’ordre vient d’en haut, plus il devient difficile de dire "non", résume Joëlle Mandel, coach et intervenante chez Orsys. L’objectif d’une formation est justement d’apprendre à identifier les situations où l'on peut dire non ».

Reformuler les demandes avant de répondre

Pour dire "non" dans un contexte professionnel, Joëlle Mandel recommande de commencer par reformuler la demande de son interlocuteur. « Cela donne le temps d’y réfléchir et de se préparer à dire éventuellement "non" ». Ensuite, il faut dire "non" à une situation, pas à une personne. « Il faut savoir rester focalisé sur cette situation et ne pas placer les choses sur le plan personnel », recommande Alain Duluc.

Une fois la situation analysée, il faut savoir y mettre les formes. « On ne dit pas "non" de but en blanc, rappelle France Brecard, il faut argumenter sa réponse, sans pour autant tomber dans la justification ». Un exercice qui, pour certain, relève du funambulisme. Pour ceux-là, les spécialistes recommandent d’utiliser la méthode JEEPP :

- J : quand on se retrouve en position de devoir dire "non", il vaut mieux commencer sa réponse par "Je" : « j’aimerais beaucoup t’aider », « je souhaiterais te rendre se service »…

- E : on se montre empathique vis-à-vis de son interlocuteur. « Je comprends ta situation », « je suis désolé de ce qui t’arrive »…

- E : on n’hésite pas à parler de ses émotions et de celles de son interlocuteur. « je suis gêné de ne pas pouvoir t’aider », « je comprends que cela te mette dans une position difficile »…

- P : mais on reste précis dans son refus. Il faut l’exprimer clairement. Exemple : « je ne peux pas t’aider. »

- P : si la personne en face insiste, on persiste ! On n’hésite pas à réitérer son refus, tout en restant dans l’empathie éviter de le blesser : « je comprends que tu sois débordé, mais j’ai moi aussi beaucoup de travail en ce moment et je ne peux pas t’aider à terminer ce dossier ».

Dans tous les cas, rappelez-vous que « savoir dire "non", c’est savoir communiquer », comme le rappelle France Brecard. Une qualité indispensable dans sa vie professionnelle.

Par Marion Senant


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