Comment travailler avec un chef vraiment mauvais ?

07/09/2016


Votre chef est indécrottable ? Trouvez un terrain d'entente avec lui, abondez dans son sens ou biaisez pour faire entrer la hiérarchie dans le jeu. Sans jamais perdre de vue que cette situation bancale peut être un tremplin pour vous.

Trop, c'est trop ! Lorsqu'il entend son N+1 dire de lui qu'il "coûte trop cher" et qu'il faut "envisager son licenciement", Gilles Marque, directeur financier de la filiale française (35 salariés) d'une SSII allemande, prend le taureau par les cornes. "La boîte allait dans le mur, raconte-t-il. Et le directeur général n'avait plus l'oreille des troupes. Les gens défilaient dans mon bureau pour se plaindre de lui, ne comprenant ni son humour sarcastique ni ses plans d'action stratosphériques."

Gilles détaille tout dans un e-mail de deux pages en anglais adressé aux actionnaires allemands de l'entreprise : les mauvais chiffres, les décisions prises en dépit du bon sens, le décalage entre la personnalité du directeur et la base... Et propose une solution choc : puisque son boss est un fin stratège, pourquoi ne pas lui confier un poste au siège, outre-Rhin, tandis que lui-même prendrait les rênes de la filiale française ? "Quitte ou double : en cas de refus, je partais", résume Gilles. Deux jours plus tard, il devenait DG à la place du DG. Et ce dernier était congédié...

Il faut une bonne dose de culot et n'avoir rien à perdre pour en arriver à une telle extrémité. En prenant ce risque et en jouant le coup avec intelligence, Gilles Marque, aujourd'hui fondateur et dirigeant d'Actiss Partners (management de transition), a boosté sa carrière : il est parvenu à redresser la barre en six mois. Sans aller jusque-là, que pouvez-vous faire si vous aussi devez supporter un mauvais chef ? "Commencez par vous poser les bonnes questions, conseille Didier J. Durandy, coach et auteur de Décider pour gagner (Eyrolles). "Ai-je juste envie de me rendre la vie plus confortable et de construire avec lui une relation acceptable ? De pousser mes pions auprès de la hiérarchie ? Ou de le dézinguer dès que possible ?" Ces choix dicteront votre stratégie envers lui." Quelques exemples.

PROPOSEZ-LUI VOTRE AIDE

Catherine craquait ! Ingénieure dans le centre de recherche d'un groupe d'énergie, elle ne voyait jamais son patron, peu friand de réunions d'équipe, de soutien et d'échanges. Un ours ! Et lorsque, chaque mois, il exposait les projets du département devant sa hiérarchie, son discours était interminable et jargonneux. Pour en finir et créer des liens avec son N+1, Catherine a agi en deux temps. D'abord, au sortir d'un comité projets, elle est passée devant le service RH et a lâché en plaisantant : "Ce serait bien que mon chef fasse une formation à la prise de parole en public !"

Puis elle l'a abordé avec bienveillance, en tête à tête : "J'ai un peu de temps en ce moment, j'ai pensé qu'on pourrait présenter les projets ensemble. Qu'en dis-tu ?" Il a accepté d'emblée, trop heureux de se délester d'une tâche qui lui pesait. Poussé par la DRH, déjà alertée, il a ensuite suivi un coaching, qui l'a aidé à se décoincer. Le tandem "N et N+1" a fonctionné à merveille, jusqu'à ce que l'"ours" soit promu expert référent du centre de recherche, le job parfait pour lui. Quant à Catherine, devenue un temps sa porte-parole, elle a été nommée manager de l'équipe.

60% des salariés ont l'impression de ne pas être entendus par leur N+1
(Source: Michael Page-Cadremplol 2015)

"Quand le N+1 a une carence personnelle, n'hésitez pas à lui offrir votre aide, conseille Silvana Frazetta, fondatrice d'Atmosphere Coaching. Il appréciera de pouvoir compter sur vous pour combler ses manques et développer ses points forts." C'est mieux que de faire les choses à sa place, il est tout de même payé pour les assumer !

Lire la suite de l'article de Marie-Madeleine Sève sur Capital.fr

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